...Les ouragans sous contrôle humain ?
Dans le cadre de son projet, Moshe Alamaro, du Massachusetts Institute of Technology(MIT), souhaite ensemencer la couverture nuageuse quasi glaciale des cyclones avec des particules de carbone-soit de suie, soit des résidus de la fabrication des pneus- larguées par avion. Ces particules absorberaient le rayonnement solaire et réchaufferaient la couverture nuageuse du cyclone. La différence de température entre partie inférieure et supérieure du cyclone étant réduite, la vitesse des vents, et donc la puissance de la tempête, diminuerait. Des sattelites pourraient également réchauffer la couverture nuageuse en émettant des micro-ondes depuis l’espace. « Si ces techniques sont correctement appliquées et au bon moment, elles pourront atténuer l’intensité de l’ouragan.», assure Moshe Alamaro. Pour l’heure, cette théorie n’a été testée que par modélisation informatique par son collègue Ross Hoffman. « En modifiant légèrement la température d’un côté ou de l’autre du cyclone, nous pouvons modifier un peu sa trajectoire. Nous commençons par des simulations informatiques, après quoi nous espérons appliquer ce modèle à un petit système climatique », confie Moshe Alamaro.
En septembre 2007, des chercheurs de l’Université hébraïque de Jérusalem ont présenté un autre projet. Ils ont simulé l’effet de la dispersion de suie dans les nuages en utilisant une poussière microscopique. A l’instar de l’équipe américaine, leur but est d’affaiblir les cyclones, mais leur méthode consiste cette fois à refroidir la base de l’ouragan. La poussière microscopique attirerait l’eau mais formerait des gouttelettes trop petites pour retomber sous forme de pluie. Ces particules auraient alors plutôt tendance à s’élever et à s’évaporer, ce qui aurait pour effet de refroidir l’air chaud à la base de l’ouragan. En présentant ses résultats à la conférence de Trieste, en Italie, l’équipe israélienne dirigée par Daniel Rosenfeld a démontré qu’en dispersant de la poussière dans les parties inférieures de l’ouragan Katrina, on aurait pu réduire la vitesse des vents et détourner le cyclone de sa trajectoire. Mais influer sur la direction des ouragans est plus qu’un simple défi lancé à la météo. Des avocats ont déjà souligné qu’un cyclone tropical qui aurait été détourné d’une ville pour sauver des vies et des biens pourrait s’abattre sur d’autres villes, ce qui ne manquerait pas d’entrainer un déluge de demandes d’indemnités pouvant s’élever à plusieurs milliards de dollars.
A La Nouvelle-Orléans, l’ouragan Katrina n’a provoqué des dégâts chiffrés à près de 41 milliards de dollars.
L’équipe du MIT a recruté un spécialiste de la gestion des risques. Ce dernier va conseiller les chercheurs sur les mesures à prendre en cas de poursuites judiciaires engagées par des communautés touchées par un cyclone détourné. L’équipe réclame des modifications de la législation américaine ainsi qu’un traité international pour régler les éventuels différents avec des pays voisins. « Les aspects sociaux et juridiques de la question sont extrêmement lourds, concède Moshe Alamaro. Si nous parvenons à détourner un cyclone se dirigeant vers Miami pour éviter un lourd bilan matériel et humain, une ville sur laquelle s’abattrait l’ouragan pourra porter plainte contre nous. Ils estimeront que le cyclone n’est plus un phénomène relevant de la volonté divine, mais une catastrophe que nous avons nous-mêmes provoquée.